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   Sample Abstract: French    

Katherine Gracki
Department of French
Proposition de communication
CIEF 2000
Congrès Mondial de Sousse

"L’autoethnographie comme stratégie postcoloniale chez Fatima Mernissi"

Les écrivains femmes du monde francophone ressentent souvent le désir et le besoin de s’affirmer et de se définir en tant que sujets pluriels et hybrides pour ne pas tomber dans le piège d’une construction identitaire qui nierait la richesse de l’altérité tout en favorisant une solidarité uniquement basée sur la ressemblance et la similitude. Face à un contexte historique et social qui a plutôt tendance à réduire l’identité des femmes francophones à une image objectifiante et stéréotypée et à semer la discorde parmi elles, des écrivains femmes élaborent des stratégies de représentation où l’aspect hétérogène de l’identité est mis en relief à travers une narration des histoires qui se veut à la fois individuelle/personnelle et collective.

Fatima Mernissi, sociologue et écrivain marocaine, emploie l’autoethnographie comme stratégie de représentation pour subvertir l’image réductrice et objectifiante de la femme marocaine comme odalisque (notamment chez les peintres orientalistes tels que Ingres, Delacroix et Matisse) par le biais d’une narration des histoires autobiographiques et ethnographiques. L’autoethnographie est un genre hybride, à mi-chemin entre l’autobiographie et l’ethnographie, qui permet à l’écrivain postcolonial de renégocier les termes d’un rapport sujet-objet en s’interrogeant non seulement sur sa propre identité individuelle mais aussi sur l’identité d’une collectivité opprimée et ‘sans voix’ à laquelle il appartient. En effectuant cette quête collective, l’autoethnographe ne devient pas simplement une porte-parole de sa culture; il redéfinit le concept même de la subjectivité tel qu’il a été conçu en Occident de Descartes jusqu’à Sartre. Au carrefour de l’écriture sur l’autre (l’ethnographie) et l’écriture de soi (l’autobiographie), l’autoethnographie se présente chez Mernissi comme une stratégie postcoloniale qui révèle et inscrit la subjectivité des Marocaines d’aujourd’hui en lutte pour la société civile et pour la solidarité entre femmes dans l’Histoire.

Cette communication vise donc à examiner deux ouvrages récents, à savoir Vanishing Orient: Papa’s Harem is Shifting to Mama’s Civil Society (1997) et Les Aït-Débrouille du Haut-Atlas (1997) afin d’étudier l’autoethnographie chez Mernissi comme moyen d’affirmer un "je" pluriel et solidaire qui subvertit de façon radicale le concept occidental de la subjectivité basée sur une rivalité incessante et une lutte à mort entre deux cogitos. Ces deux ouvrages, étant conçus comme des expositions de photos accompagnées de récits de vies et d’autres textes divers, servent à rendre visible ce qui a été masqué par le voile des fantasmes orientalistes: notamment l’accès extraordinaire des Marocaines à l’espace public et à l’expression libre de leurs histoires. Le récit devient donc chez Mernissi un outil privilégié pour déstabiliser la structure du harem qui enferme la femme dans l’espace privé et pour construire une société civile et des reseaux de solidarité et de collaboration entre les Marocaines d’aujourd’hui et de demain. Nous proposerons que Mernissi ressemble à une Scheherazade moderne puisque son oeuvre récent met en relief le lien entre narration, survie et solidarité des femmes.

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